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Il y a des histoires comme ça qui s’enchaînent de fil en aiguille  de façon totalement imprévisible et qui pourtant tiennent la route. C’est le cas du roman de Jonas Jonasson, Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire.

Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire - Jonas Jonasson (1)

Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire ? C’est Allan Karlsson, centenaire et ancien artificier ayant arrêté l’école à l’âge de 9 ans, apolitique et athée. Disons, pour être exacte, futur centenaire qui décide de s’enfuir de la maison de retraite dans laquelle il vivait pour ne pas avoir à fêter ses cent ans avec les autres vieux et encore moins avec Soeur Alice, qui ne le laisse jamais boire une seule petite goutte d’alcool.

Un vieux, qui plus est centenaire, ce n’est pourtant pas difficile à retrouver ? C’était sans compter la cavale dans laquelle Allan va entraîner chacune des personnes qu’il rencontrera par la suite. Petit escroc, vendeur de hot-dog, jeune femme gardienne d’une éléphante, grand escroc. Et tout cela à cause d’une malheureuse valise qu’Allan décide d’emmener avec lui, alors qu’un étrange jeune homme de la bande Never Again lui avait seulement demandé de surveiller à la gare, le temps de satisfaire une envie pressante !

Mais voilà qu’Allan décide de partir avec cette valise et voilà aussi que le jeune homme décide de retrouver coûte que coûte cette valise. Comme si Allan n’avait pas assez de la police à ses trousses ! Tout s’enchaîne aussi efficacement que s’il s’agissait de dominos actionnés par un tout petit mouvement du doigt.

Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire - Jonas Jonasson (2)

Je disais de fil en aiguille ? J’aurais tout aussi bien pu dire « de meurtre en cavale », cela correspond assez bien aussi ! Et la police qui cherche, qui cherche désespérément à retrouver qui ? Une centenaire fou et sanguinaire ? Un pauvre centenaire enlevé par des dealers ? Mais quel lien peut-il donc avoir avec un vendeur de hot-dog ? Et cette femme aux cheveux rouges ?

Tout ça parce qu’il n’a pas voulu fêter son anniversaire, Allan Karlsson devient le vieux le plus célèbre de la Suède. Ce que la Suède ne sait pas, ni la police non plus d’ailleurs, c’est qu’Allan Karlsson en a vu bien d’autres tout au long de sa vie. Il n’a en effet pas été permis à tout le monde de rencontrer Franco, Truman, Mao ou Staline et tout ça, rien que dans une seule vie !

Quand bien même la probabilité pour qu’un seul homme vive autant de choses qu’Allan Karlsson soit faible, l’histoire du Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire tient la route et tient son lecteur en haleine avec autant de simplicité que de succès.

Un petit bémol toutefois : l’écriture des premières pages est assez redondante et laisse craindre une écriture dans la répétition, ce qui n’est heureusement pas le cas. La lourdeur n’est que dans les premières pages, pas de quoi s’effrayer donc ni de refermer le livre à peine ouvert.


Je continue mon pèlerinage littéraire pour vous parler aujourd’hui d’un livre très particulier. Du Printemps vers Compostelle n’est pas l’oeuvre d’un grand écrivain de renommée mais celle d’un psychothérapeute alsacien qui s’est, comme tant d’autres individus « anonymes », lancé sur le Chemin.

La démarche d’Aimé Hoffbeck s’inscrit dans la volonté de parler du Chemin au jour le jour. C’est la raison pour laquelle il a décidé de tenir un blog qu’il a fait vivre un peu avant son départ et qu’il a ensuite clos quelque temps après son retour.

Du Printemps vers Compostelle - Aimé Hoffbeck

Le livre rassemble ainsi chacun des billets qui ont été publiés. Le suivre pour ainsi dire au jour le jour donne une vraie consistance au Chemin. Nous n’ignorons rien des souffrances de l’auteur, nous savons chacune de ses étapes. D’un point de vue pratique, cela peut donc être intéressant pour celui qui envisage de prendre lui aussi d’enfiler ses chaussures de randonnées pour suivre ce périple.

Mais, pour moi, la vraie richesse du Printemps vers Compostelle, c’est le regard que porte Aimé Hoffbeck sur ce qu’il vit à l’intérieur de lui. Loin d’en faire un simple récit égo-centré, et sans prendre le ton d’un praticien en pleine séance avec un patient sur le « divan », c’est au contraire un échange. La volonté, ou tout du moins le désir d’Aimé Hoffbeck, c’est d’après moi, d’apporter des clés pour ouvrir des portes en nous, de donner à ceux qui prendront la peine (disons plutôt le plaisir) de le lire, une compréhension nouvelle, une ouverture sur quelque chose qui, peut-être, est source de tension et qui, à bien y regarder, trouve une explication.

À lire Aimé Hoffbeck, on réalise que tout n’est parfois pas si compliqué qu’on pense. Ce n’est pas un donneur de conseil ni un moralisateur. Son langage est modeste, bienveillant même. Il ne cherche en aucun cas à en imposer. C’est plutôt le livre d’un ami qui partage son expérience.

La richesse du Printemps vers Compostelle réside sans doute dans la lecture qu’en feront ceux qui ouvriront le roman : certaines de ses phrases ne sont pas toujours aisées à comprendre dès lors qu’on se prend au jeu et qu’on cherche à analyser ses propos, nous, les lecteurs confortablement installés et loin, très loin de la vie sur le Chemin. Parce que bon, travailler sur soi nécessite tout de même un minimum d’efforts.


Je n’avais encore rien lu de Dickens et je n’avais pas envie de lire en premier l’un de ses romans les plus connus et dont je connais les histoires dans les grandes lignes.

Je voulais vraiment découvrir quelque chose de nouveau, un peu pour découvrir vraiment Dickens par moi-même. J’ai posé mon choix sur Le Mystère d’Edwin Drood, présenté comme « la plus extraordinaire énigme littéraire de tous les temps ». Il faut dire que Dickens est mort avant de finir ce roman, laissant ouvert à toutes les spéculations possibles, le fin mot de l’histoire.
Le Mystère d'Edwin Drood - Charles Dickens

L’édition Archi Poche que j’ai achetée s’achève sur le récit imaginé par Paul Kinnet, qui semble avoir longuement travaillé sur le sujet avant d’oser en proposer la fin. Quoi qu’il en soit, que sa version soit celle qu’avait envisagé ou non Dickens, elle s’inscrit avec respect dans le style de Dickens et ne trouble pas la lecture.

Mais venons en à l’histoire, Le Mystère d’Edwin Drood c’est l’histoire d’un jeune couple, Edwin et Rosa dont les parents, tous décédés, ont voulu qu’ils se marient ensemble. Pourtant, leurs sentiments ne les rapprochent pas et ils décident de ne pas aller à l’encontre de leurs sentiments.

Edwin est à la fois le neveu et la pupille de Jasper, chef de la chorale dans la petite ville presque insignifiante où ils vivent. Jasper est un personnage étrange, plein de contraste. Et il a, semble-t-il, un grand secret : il est fou de la financée de son neveu. Et quand celui-ci disparaît, il jure de faire payer son meurtrier…

A moins que cet oncle justicier ne soit qu’un habile manipulateur ?

Le lecteur est libre de s’arrêter là où Dickens s’est lui-même arrêté, ou de continuer jusqu’au bout. Imaginer la fin ou non.

Lire Dickens n’est pas la plus facile des lectures, pourtant sa plume est plaisante et peut-être moins lourde que nos classiques français (même si je ne me base que sur une traduction, je l’avoue).

Le Mystère d’Edwin Drood, c’est un peu les prémices des romans policiers et pour peu qu’on soit vigilant, on trouve des indices semés ça et là pourtant tenter de découvrir le mystère qui se cache derrière cette disparition.


Un avion sans elle m’a été prêté par ma belle-mère à un moment où je n’avais plus rien à me mettre sous la dent. La bonne nouvelle, c’est que j’allais de nouveau avoir quelque chose à lire. La « mauvaise » c’est qu’il ne m’a fallu qu’une journée pour le lire. Vous me direz, c’est plutôt bon signe, c’est que le livre m’a plu. Et je suis sûre qu’il vous plaira aussi.

Michel Bussi nous livre dans Un avion sans elle (et vous noterez le jeu de mots) un sorte de policier, un polar, mais sans noirceur. Ici, il n’est pas question de meurtres sanglants, de crimes monstrueux, ni même de crimes tout court d’ailleurs. Un avion sans elle, c’est l’histoire de Lylie. Elle vient d’avoir 18 ans et elle ne sait pas qui elle est : Emilie Vitral ou Lyse-Rose de Carville ? Il faut dire que cela ne va pas de soi : elle est la seule survivante d’un crash d’avion, 17 ans plus tôt, en 1980, et il y avait à bord 2 bébés d’environ 3 mois accompagnés par leurs parents.

Un avion sans elle - Michel Bussi

Une enquête sera bien menée mais c’est sans preuves véritables que la justice en décide ainsi : elle sera Emilie, petite-fille d’une famille de prolétaires. Elle aurait pu être Lyse-Rose, riche héritière d’une famille de haute naissance. Emilie a un grand frère, Marc. Elle aurait pu avoir une grande soeur, Malvina. Si la justice a rendu son verdict, la famille de Carville ne se résout pas à perdre leur petite-fille et décide d’engager un détective privé pour découvrir la véritable identité de Lylie, contraction des deux prénoms, des deux identités possibles de la jeune fille. Crédule Grand-Duc, ancien mercenaire devenu détective privé a jusqu’aux 18 ans de Lylie. Après, les Carville ne financeront plus son enquête.

Pour ses 18 ans, Crédule Grand-Duc laisse à Lylie le carnet dans lequel il a raconté toute son enquête. C’est dans le courant de la nuit, peu de temps avant que son contrat ne prenne fin qu’il découvre enfin qui est Lylie.

Véritable course poursuite contre le temps, contre Crédule Grand-Duc lui-même ou contre une identité, Un avion sans elle alterne révélations du carnet, faits et gestes de Marc qui cherche désespérément à prouver que l’amour qu’il éprouve pour sa soeur n’est pas contre nature car il est certain qu’elle n’est pas sa soeur, de Lylie et des deux grands-mères, déchirés par l’ignorance, le besoin de savoir, avant qu’il ne soit trop tard, car le message de Lylie à Marc est clair : le voyage qu’elle doit entreprendre est un voyage sans retour. A moins que…


Après les lectures de vacances, il y a les lectures de la rentrée… Et pourtant, Demain j’arrête ! est aussi parfait en livre de vacances. Mais ne croyez pas que je veux dire par là que c’est un livre sans intérêt, bon à lire seulement entre la baignade et le bronzage sur la plage, distraitement. Pas du tout.

D’ailleurs, on peut lire Demain j’arrête ! pendant les vacances, sur un week end, dans la semaine pour se changer les idées après le boulot… Il n’y a qu’une seule chose, c’est qu’il faut le lire ! Oui, c’est écrit de façon simple, oui, c’est une histoire qui semble tout aussi simple. Mais le tout fonctionne à merveille. Pour tout vous dire, même Jules l’a lu. C’est même lui qui l’a acheté pour le lire dans le train. Et il n’a pas été déçu non plus.

Gilles Legardinier - Demain j'arrête !

Nous sommes tous les deux d’accord pour dire que seule la fin est un peu tirée par les cheveux, mais, après toutes les péripéties que subit Julie, l’héroïne, finalement, on pourrait se dire que tout est possible.

Toute l’histoire de Julie se résume à une question : quelle est la chose la plus stupide qu’elle ait faite dans sa vie. Et des choses stupides, Julie en a faites quelques unes, mais la plus stupide de toutes ? Cela mérite bien réflexion. Cette réflexion, Julie nous la livre dans un récit à la première personne; dans lequel elle nous raconte comment son nouveau voisin est devenu une obsession.

Et c’est peu dire ! Voilà comment d’un nom sur une boîte aux lettres tout peut arriver. Il faut dire que le fameux voisin s’appelle Ricardo Patatras. Difficile de passer inaperçu !

Entre les pensées de Julie et ses conversations, rien ne nous échappe. Ridicule, drôle, attachante, le personnage de Julie est en lui un vrai moment de bonheur. Et c’est sans parler de sa théorie sur les chats…

Comme a dit Jules en fermant Demain j’arrête ! on imagine bien. Et c’est ce talent de Gilles Legardinier de rendre son ouvrage aussi vivant qui le rend passionnant à lire. Je ne compte plus les fois où j’ai ri pour de vrai en lisant ce livre, tant on imagine vraiment chaque scène.

Plaisant jusqu’au bout, Gilles Legardinier se livre dans une sorte de postface qui sent bon l’auteur passionné par ce qu’il fait et cela ne fait que confirmer la bonne impression laissée par tout le livre.


Dernière lecture de vacances,  Un été sans les hommes. Je ne l’avais pas choisi par hasard : c’était l’été et j’étais partie en vacances sans mon Jules. J’ai trouvé que c’était un titre de roman qui collait donc très bien avec mes vacances !

Siri Hustvedt - Un été sans les hommes

Comme son titre l’indique, Un été sans les hommes met en avant une femme, Mia, qui décide de prendre de la distance vis à vis de son mari. Mia aime la poésie, son mari, Boris, est neuroscientifique. Et Boris a une liaison avec « la Pause », charmant surnom trouvé par Mia pour ne pas nommer celle qui lui a valu un séjour à l’hôpital.

Car Mia a vécu une crise de folie qui lui a valu un petit séjour à l’hôpital. Heureusement, la crise passe. Mais « la Pause », elle, est toujours là. Mia décide donc de quitter New York et loue une maison à côté de la maison de retraite de sa mère. Sa mère, veuve depuis plusieurs années est entourée d’une bande de copines, toutes vieilles filles, que Mia surnomme les Cygnes. Pleines de vie, Mia va découvrir comment vivent et ce qu’éprouvent ces femmes et elle va aussi se retrouver en plein coeur d’un petit groupe d’adolescentes à qui elle va donner des cours de poésie. Rivalité, jalousie, moquerie, les adolescentes ne sont pas tendres entre elles.

Mia fera également la rencontre de Lola, jeune maman délaissé par un mari toujours absent. Toutes ces femmes, qu’elles soient plus jeunes ou plus âgées que Mia vont lui offrir une perspective large, différents âges de la vie, différents vécus mais énormément de sentiments. Au fil des pages, Mia, qui est aussi la narratrice se livre et nous livre avec beaucoup d’humour et un soupçon de subversion ses états d’âme.

Et finalement, qu’importe que Boris revienne ou non ?


Passionnée par l’époque médiévale, il m’était impossible de passer à côté d’un ouvrage tel que Les Piliers de la Terre. Sauf que voilà, on me l’avait prêté il y a bien 7 ans et je n’avais pas pu dépasser les 100 pages. Je m’ennuyais à mourir, je n’arrivais pas à rentrer dans l’histoire. J’en ai lu à peine 100 pages et je l’ai rendu à sa propriétaire.

Vous ne devez pas trouver cette entame très engageante, mais attendez ! Quand on lit beaucoup, on sait qu’il y a des livres qui ne se laissent pas aborder comme ça. Voyage au bout de la Nuit de Ferdinand Céline m’avait fait ça, ou Les grands Cimetières sous la Lune de Georges Bernanos aussi. Bon, il faut dire que ce n’est pas le même genre ni le même niveau d’écriture, c’est vrai. Mais aussi, parfois, il suffit de poser l’ouvrage dans un coin et d’attendre le bon moment pour y revenir.

Ken Follett - Les Piliers de la Terre

Ça avait bien fonctionné avec ces deux ouvrages, pourquoi pas avec Les Piliers de la Terre ? Alors, cet été, en voyant le livre de Ken Follett dans le bac à livre du magasin, entouré de romans à l’eau de rose et autres niaiseries, j’ai eu envie de l’acheter. Et vous savez quoi ? Nous seulement je l’ai adoré mais en plus je l’ai dévoré ! Une toute petite semaine pour en lire les 1050 pages, pas rentable du tout comme lecture !

Mais ça valait tellement le coup ! Autant, pour Céline et Bernanos, il y avait de bonnes raisons de peiner à les lire, autant pour Ken Follett je n’ai pas compris ! Je me suis retrouvée aspirée par l’histoire et il fallait absolument que je me plonge dedans dès que j’avais ne serait-ce que quelques minutes de disponibles ! Une vraie lecture en mode autiste !

C’est pour ça qu’avant même de parler de l’histoire des Piliers de la Terre, je tenais à vous dire ça, quand on n’arrive pas à lire un livre, il faut juste parfois se laisser un peu/beaucoup de temps, mais il faut toujours le reprendre un jour.

Mais revenons en à nos Piliers. Ken Follett nous y raconte la vie au XIIème siècle en Angleterre de différents personnages tous liés les uns avec les autres. La première partie du roman s’intéresse d’abord à Tom et à sa famille. Tom est bâtisseur et il rêve de construire une cathédrale. Il est marié et a deux enfants, Alfred et Martha. Après le décès de son épouse Agnès, Tom se lie avec Ellen, une femme étrangement cultivée qui vit dans la forêt avec son fils Jack. La deuxième partie du roman s’intéresse davantage à Aliéna, jeune fille de haute lignée qui va tout perdre à cause d’un ennemi de son père. Son destin se retrouvera scellé par la promesse qu’elle fera à son père de tout mettre en oeuvre pour que son frère, Richard, reprenne son château.

Au travers des drames, des injustices, des histoires d’amour, l’oeuvre de Ken Follett est à la fois pleine de rebondissements, de suspens, de gentils et de méchants. Pourtant les personnages sont peints avec beaucoup de réalisme. On s’attache à eux et on ne perd pas une miette de l’histoire pour savoir si, à la fin, « tout est bien qui finit bien ».

Un roman qui mérite bien qu’on lui consacre toutes les heures qu’il faudra ! Pour ma part, il m’aura finalement fallu moins d’une semaine !