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Je continue mon pèlerinage littéraire pour vous parler aujourd’hui d’un livre très particulier. Du Printemps vers Compostelle n’est pas l’oeuvre d’un grand écrivain de renommée mais celle d’un psychothérapeute alsacien qui s’est, comme tant d’autres individus « anonymes », lancé sur le Chemin.

La démarche d’Aimé Hoffbeck s’inscrit dans la volonté de parler du Chemin au jour le jour. C’est la raison pour laquelle il a décidé de tenir un blog qu’il a fait vivre un peu avant son départ et qu’il a ensuite clos quelque temps après son retour.

Du Printemps vers Compostelle - Aimé Hoffbeck

Le livre rassemble ainsi chacun des billets qui ont été publiés. Le suivre pour ainsi dire au jour le jour donne une vraie consistance au Chemin. Nous n’ignorons rien des souffrances de l’auteur, nous savons chacune de ses étapes. D’un point de vue pratique, cela peut donc être intéressant pour celui qui envisage de prendre lui aussi d’enfiler ses chaussures de randonnées pour suivre ce périple.

Mais, pour moi, la vraie richesse du Printemps vers Compostelle, c’est le regard que porte Aimé Hoffbeck sur ce qu’il vit à l’intérieur de lui. Loin d’en faire un simple récit égo-centré, et sans prendre le ton d’un praticien en pleine séance avec un patient sur le « divan », c’est au contraire un échange. La volonté, ou tout du moins le désir d’Aimé Hoffbeck, c’est d’après moi, d’apporter des clés pour ouvrir des portes en nous, de donner à ceux qui prendront la peine (disons plutôt le plaisir) de le lire, une compréhension nouvelle, une ouverture sur quelque chose qui, peut-être, est source de tension et qui, à bien y regarder, trouve une explication.

À lire Aimé Hoffbeck, on réalise que tout n’est parfois pas si compliqué qu’on pense. Ce n’est pas un donneur de conseil ni un moralisateur. Son langage est modeste, bienveillant même. Il ne cherche en aucun cas à en imposer. C’est plutôt le livre d’un ami qui partage son expérience.

La richesse du Printemps vers Compostelle réside sans doute dans la lecture qu’en feront ceux qui ouvriront le roman : certaines de ses phrases ne sont pas toujours aisées à comprendre dès lors qu’on se prend au jeu et qu’on cherche à analyser ses propos, nous, les lecteurs confortablement installés et loin, très loin de la vie sur le Chemin. Parce que bon, travailler sur soi nécessite tout de même un minimum d’efforts.


Un avion sans elle m’a été prêté par ma belle-mère à un moment où je n’avais plus rien à me mettre sous la dent. La bonne nouvelle, c’est que j’allais de nouveau avoir quelque chose à lire. La « mauvaise » c’est qu’il ne m’a fallu qu’une journée pour le lire. Vous me direz, c’est plutôt bon signe, c’est que le livre m’a plu. Et je suis sûre qu’il vous plaira aussi.

Michel Bussi nous livre dans Un avion sans elle (et vous noterez le jeu de mots) un sorte de policier, un polar, mais sans noirceur. Ici, il n’est pas question de meurtres sanglants, de crimes monstrueux, ni même de crimes tout court d’ailleurs. Un avion sans elle, c’est l’histoire de Lylie. Elle vient d’avoir 18 ans et elle ne sait pas qui elle est : Emilie Vitral ou Lyse-Rose de Carville ? Il faut dire que cela ne va pas de soi : elle est la seule survivante d’un crash d’avion, 17 ans plus tôt, en 1980, et il y avait à bord 2 bébés d’environ 3 mois accompagnés par leurs parents.

Un avion sans elle - Michel Bussi

Une enquête sera bien menée mais c’est sans preuves véritables que la justice en décide ainsi : elle sera Emilie, petite-fille d’une famille de prolétaires. Elle aurait pu être Lyse-Rose, riche héritière d’une famille de haute naissance. Emilie a un grand frère, Marc. Elle aurait pu avoir une grande soeur, Malvina. Si la justice a rendu son verdict, la famille de Carville ne se résout pas à perdre leur petite-fille et décide d’engager un détective privé pour découvrir la véritable identité de Lylie, contraction des deux prénoms, des deux identités possibles de la jeune fille. Crédule Grand-Duc, ancien mercenaire devenu détective privé a jusqu’aux 18 ans de Lylie. Après, les Carville ne financeront plus son enquête.

Pour ses 18 ans, Crédule Grand-Duc laisse à Lylie le carnet dans lequel il a raconté toute son enquête. C’est dans le courant de la nuit, peu de temps avant que son contrat ne prenne fin qu’il découvre enfin qui est Lylie.

Véritable course poursuite contre le temps, contre Crédule Grand-Duc lui-même ou contre une identité, Un avion sans elle alterne révélations du carnet, faits et gestes de Marc qui cherche désespérément à prouver que l’amour qu’il éprouve pour sa soeur n’est pas contre nature car il est certain qu’elle n’est pas sa soeur, de Lylie et des deux grands-mères, déchirés par l’ignorance, le besoin de savoir, avant qu’il ne soit trop tard, car le message de Lylie à Marc est clair : le voyage qu’elle doit entreprendre est un voyage sans retour. A moins que…


Après les lectures de vacances, il y a les lectures de la rentrée… Et pourtant, Demain j’arrête ! est aussi parfait en livre de vacances. Mais ne croyez pas que je veux dire par là que c’est un livre sans intérêt, bon à lire seulement entre la baignade et le bronzage sur la plage, distraitement. Pas du tout.

D’ailleurs, on peut lire Demain j’arrête ! pendant les vacances, sur un week end, dans la semaine pour se changer les idées après le boulot… Il n’y a qu’une seule chose, c’est qu’il faut le lire ! Oui, c’est écrit de façon simple, oui, c’est une histoire qui semble tout aussi simple. Mais le tout fonctionne à merveille. Pour tout vous dire, même Jules l’a lu. C’est même lui qui l’a acheté pour le lire dans le train. Et il n’a pas été déçu non plus.

Gilles Legardinier - Demain j'arrête !

Nous sommes tous les deux d’accord pour dire que seule la fin est un peu tirée par les cheveux, mais, après toutes les péripéties que subit Julie, l’héroïne, finalement, on pourrait se dire que tout est possible.

Toute l’histoire de Julie se résume à une question : quelle est la chose la plus stupide qu’elle ait faite dans sa vie. Et des choses stupides, Julie en a faites quelques unes, mais la plus stupide de toutes ? Cela mérite bien réflexion. Cette réflexion, Julie nous la livre dans un récit à la première personne; dans lequel elle nous raconte comment son nouveau voisin est devenu une obsession.

Et c’est peu dire ! Voilà comment d’un nom sur une boîte aux lettres tout peut arriver. Il faut dire que le fameux voisin s’appelle Ricardo Patatras. Difficile de passer inaperçu !

Entre les pensées de Julie et ses conversations, rien ne nous échappe. Ridicule, drôle, attachante, le personnage de Julie est en lui un vrai moment de bonheur. Et c’est sans parler de sa théorie sur les chats…

Comme a dit Jules en fermant Demain j’arrête ! on imagine bien. Et c’est ce talent de Gilles Legardinier de rendre son ouvrage aussi vivant qui le rend passionnant à lire. Je ne compte plus les fois où j’ai ri pour de vrai en lisant ce livre, tant on imagine vraiment chaque scène.

Plaisant jusqu’au bout, Gilles Legardinier se livre dans une sorte de postface qui sent bon l’auteur passionné par ce qu’il fait et cela ne fait que confirmer la bonne impression laissée par tout le livre.


J’avoue tout, je me suis encore sauvée en vacances, comme ça sans prévenir… Mais j’ai assez de lectures de vacances pour oser espérer me faire un peu pardonner ! Et des lectures plutôt variées.

Dans les forêts de Sibérie - Sylvain Tesson

Mais je vais commencer par Dans les forêts de Sibérie, de Sylvain Tesson.

Il faut en quelque sorte aimer la solitude et peut-être même l’isolement que procure la lecture pour apprécier un ouvrage tel que Dans les forêts de Sibérie. Je dirais même qu’il y a un certain charme à s’isoler dans un coin pour le lire.

Sylvain Tesson, aventurier et écrivain a eu l’idée folle de vivre 6 mois dans une cabane, au fin fond de la Sibérie, au bord du lac Baïkal.

Dans les forêts de Sibérie n’est donc pas la narration d’une histoire imaginaire mais bien la vie qu’il a menée durant ces 6 mois, en plein hiver.

Sylvain Tesson n’a pas découvert le lac Baïkal lors de cette retraite. C’est un lieu qu’il connaissait déjà et qui, pour des raisons qui lui sont propres, correspond exactement au lieu où il désirait faire sa retraite.

La quatrième de couverture, très poétique est en soit un aboutissement : « Et si la liberté consistait à posséder le temps ? » Car le temps touche particulièrement l’auteur. Sylvain Tesson sait que son besoin de mobilité, de mouvement, est une sorte de lutte contre le temps, une lutte à laquelle il ne tient plus.  D’où cette immobilité volontaire.

On pourrait croire que son immobilisme, qui n’est finalement que partiel, rende le récit lent et monotone.

On pourrait aussi s’attendre à un récit davantage introspectif, à la difficulté de changer radicalement de vie, même si c’est temporaire, mais non.

Au fil des pages et de la lecture, j’ai eu peur d’être déçue : trop simple, trop facile, trop naturel. Pourtant non. En lisant Dans les forêts de Sibérie, j’ai goûté au plaisir du changement et de la facilité de ce changement, me disant à moi-même que tout changement de vie est possible, qu’il y a quelque part une issue, différente pour tous ceux qui, incapables de changer le monde, cherche un moyen de ne pas se laisser dévorer par le monde moderne.

Il y a bien des façons de trouver la plénitude, la paix, quand bien même cela passe par des moments difficiles et l’ouvrage de Sylvain Tesson est une ode à la plénitude et au changement. Il ouvre une porte, quelque part, et laisse filtrer la lumière. De quoi s’ouvrir à nouveau à ses rêves…

Un prix Médicis 2011 Essai bien mérité !


Cette fois, je vais vraiment vous parler des Misérables de Victor Hugo. Ben oui, la semaine dernière je vous disais que mon apprentissage du tricot allait ralentir mes lectures et notamment celle des Misérables, la preuve en image. Sauf que je vous ai parlé de Delphine de Vigan, rien à voir, je sais.

Mon souci, c’est que je suis une adepte du « je lis trois livres à la fois ». C’est plus fort que moi ! D’abord il y a trop de livres que je voudrais lire et lire trois livres en même temps me donne le faux sentiment d’en lire encore plus et plus vite. Ensuite, c’est pratique quand il y en a un dans le lot qu’on a du mal à avancer. Evidemment, ça a été le cas avec Les Misérables.

S’attaquer à Victor Hugo, bien sûr, n’est pas une mince affaire ! J’ai pourtant lu le premier tome en un temps record et il m’a passionné. Le deuxième tome s’est avéré être une lecture plus ardue ! A ma décharge, je ne suis pas fan des années 1800 et Victor Hugo adore peindre l’époque dans laquelle il fait évoluer ses personnages.

Les Misérables - Victor Hugo

Lire Les Misérables, c’est donc accepter d’osciller entre fiction et portrait d’une époque, entre des pages qui se dévorent et d’autres qui traineront du pied. Le premier tome, dans la collection Folio Classique s’intéresse surtout à Jean Valjean et à Fantine. Le deuxième tome suit la chronologie et s’intéresse à Cosette, la fille de Fantine, ainsi qu’à Gavroche, l’enfant des rue et à Marius, amoureux fou de Cosette.

Entre tous ces personnages, Jean Valjean est une pierre d’encrage, celui que l’on suit du début du roman jusqu’à sa fin. On l’appréhende, on le craint, on se demande si on doit le haïr et finalement on s’y attache. Souvent même on le plaint. C’est un pilier tellement important, un soutien pour bon nombre des personnages qui le croiseront au fur et à mesure que le roman avance, qu’on en vient à redouter sa mort. Pour le bien des personnages, pour le roman lui-même, l’angoisse de la disparition de Jean Valjean se fait de plus en plus forte. C’est aussi cela qui m’a fait tenir jusqu’au bout, malgré de nombreuses semaines de lecture.

Je crois que c’est avec le plus grand des réalisme que Victor Hugo a brossé cette époque et ces personnages. Il suffit de fermer les yeux, de se laisser guider par ses nombreuses descriptions pour se transporter dans un autre siècle, un siècle pas si lointain et pourtant tellement différent. Différent et pourtant, à bien y réfléchir, la souffrance change-t-elle ? Les conditions de vie, oui, l’environnement politique, oui. Mais tout me laisse penser que les souffrances et les espoirs de ces personnages sont, encore aujourd’hui, actuels.

Les personnages sont misérables en effet, et certains sont méprisables. Mais ils sont aussi d’une extrême beauté, dans leurs convictions et dans leurs actes. Une très belle lecture en somme, parfois difficile, mais plaisante. Et puis si toutes les lectures étaient faciles ce serait… trop facile justement ! (Je n’ai plus qu’à reprendre Proust après avoir abandonné Du Côté de chez Swann à la troisième page…).

Et une petite citation, rien que pour le plaisir, dans laquelle on reconnaît bien l’auteur des Contemplations :

« Il avait plu la veille, et même un peu le matin. Mais en juin les ondées ne comptent pas. C’est à peine si l’on s’aperçoit, une heure après un orage, que cette belle journée blonde a pleuré. La terre en été est aussi vite sèche que la joue d’un enfant. »