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Je continue mon pèlerinage littéraire pour vous parler aujourd’hui d’un livre très particulier. Du Printemps vers Compostelle n’est pas l’oeuvre d’un grand écrivain de renommée mais celle d’un psychothérapeute alsacien qui s’est, comme tant d’autres individus « anonymes », lancé sur le Chemin.

La démarche d’Aimé Hoffbeck s’inscrit dans la volonté de parler du Chemin au jour le jour. C’est la raison pour laquelle il a décidé de tenir un blog qu’il a fait vivre un peu avant son départ et qu’il a ensuite clos quelque temps après son retour.

Du Printemps vers Compostelle - Aimé Hoffbeck

Le livre rassemble ainsi chacun des billets qui ont été publiés. Le suivre pour ainsi dire au jour le jour donne une vraie consistance au Chemin. Nous n’ignorons rien des souffrances de l’auteur, nous savons chacune de ses étapes. D’un point de vue pratique, cela peut donc être intéressant pour celui qui envisage de prendre lui aussi d’enfiler ses chaussures de randonnées pour suivre ce périple.

Mais, pour moi, la vraie richesse du Printemps vers Compostelle, c’est le regard que porte Aimé Hoffbeck sur ce qu’il vit à l’intérieur de lui. Loin d’en faire un simple récit égo-centré, et sans prendre le ton d’un praticien en pleine séance avec un patient sur le « divan », c’est au contraire un échange. La volonté, ou tout du moins le désir d’Aimé Hoffbeck, c’est d’après moi, d’apporter des clés pour ouvrir des portes en nous, de donner à ceux qui prendront la peine (disons plutôt le plaisir) de le lire, une compréhension nouvelle, une ouverture sur quelque chose qui, peut-être, est source de tension et qui, à bien y regarder, trouve une explication.

À lire Aimé Hoffbeck, on réalise que tout n’est parfois pas si compliqué qu’on pense. Ce n’est pas un donneur de conseil ni un moralisateur. Son langage est modeste, bienveillant même. Il ne cherche en aucun cas à en imposer. C’est plutôt le livre d’un ami qui partage son expérience.

La richesse du Printemps vers Compostelle réside sans doute dans la lecture qu’en feront ceux qui ouvriront le roman : certaines de ses phrases ne sont pas toujours aisées à comprendre dès lors qu’on se prend au jeu et qu’on cherche à analyser ses propos, nous, les lecteurs confortablement installés et loin, très loin de la vie sur le Chemin. Parce que bon, travailler sur soi nécessite tout de même un minimum d’efforts.

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En avant, route ! C’est une lecture un peu spéciale, quelque chose qui sort de l’ordinaire. Et pour cause, il s’agit d’un récit sur le pèlerinage de son auteur, à Saint-Jacques de Compostelle.

Loin de moi l’idée de vous parler religion en long en large et en travers, et surtout en travers car mes connaissances en la matière sont plus que limitées. En même temps, si j’ai lu l’ouvrage d’Alix de Saint-André, c’est bien parce que je compte faire le chemin, l’année prochaine. Je ne suis pas chrétienne, pas pratiquante, mais il y a quelque chose dans ce pèlerinage qui m’attire, l’idée d’en apprendre beaucoup sur soi, d’apprendre à relativer, porter un regard différent sur… sur énormément de choses, bref, quelque chose comme ça.

En avant, route ! Alix de Saint-André

Mais, même sans cette idée en tête, En avant, route ! est un récit qui se laisse lire avec une facilité déconcertante. Déjà, si son auteure est chrétienne, elle n’en est pas pour autant baignée de religiosité et elle ressemble à tout un chacun, vous et moi, avec ses qualités et ses défauts. Elle fume, elle boit, elle ne pratique pas ce qu’on pourrait appeler la « charité chrétienne » à tout bout de champs, les yeux fermés, elle a ses coups de gueule, ces gens qui lui sortent par les oreilles, ceux auxquels elle s’attache. Bref, elle est humaine.

Et c’est un récit très humain qu’elle nous propose, emplit d’humour, de naïveté parfois, de galère et de succès sur un chemin qui attire des milliers de personnes chaque année. Je ne connais pas ses autres livres mais, dans celui-ci en tout cas, le langage est extrêmement simple, à l’image d’un personnage qui ne cherche pas à en faire trop. Phrases courtes, cheveux sur la soupe, anecdotes. C’est un vrai récit de vie, d’un instant de vie.

Pour le lecteur qui n’est pas attiré par le principe de pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle, En avant, route ! est un récit autobiographique simple (mais pas simpliste) qui fait voyager. Il nous transporte ailleurs, sans trop savoir où, dans des décors qui n’ont rien du quotidien. Ce sont un peu des vacances qu’Alix de Saint-André nous offre, confortablement installés dans notre canapé, loin des souffrances que peuvent causer un sac à dos trop rempli, des chaussures de marche…

Pour ceux qui ont prévu de faire le chemin, ceux qui seraient bien tentés, ceux qui se sentent attirés, c’est une mise en bouche. C’est un petit, tout petit aperçu de l’aventure. D’autant que lors de son tout premier départ, Alix de Saint-André ne s’était pas forcément préparée. On apprend donc avec elle ces petites choses qui peuvent être essentielles ou celles qui deviennent rapidement superflues.

Par exemple, pour ne citer que celui-ci, je vous laisser imaginer mon effroi quand j’ai lu qu’elle arrachait la couverture d’un livre qu’elle avait acheté pour limiter le poids de son sac à dos. Moi qui suis tellement amoureuse des livres que je n’aime pas qu’on m’en prête car c’est un livre de moins dans ma bibliothèque, qui les chouchoutent tellement que je les classe, les trie, les range avec une minutie qui frise la maniaquerie et qu’il n’y a rien que je déteste autant que d’avoir un livre écorné, tâché…
En même temps, quand on marche pendant des jours et des jours, avec sa maison sur le dos, il vaut mieux ne pas trop s’encombrer ! Depuis, quand je fouine au rayon rando de ma librairie favorite, je souris quand je lis « poids : 250g – poids hors couverture, intro et itinéraires bis : 180g ».

Il fallait y penser !

Un livre donc accessible à tous, facile et rapide à lire, drôle et dépaysant. Que lui demander de plus ?